Frédérick
Bernal :
On devient commissaire de piste avant tout par passion. Peu de gens
savent en effet que notre activité est totalement bénévole.
Pour être commissaire, il faut s'adresser à l'automobile
club le plus proche de son domicile (ici, l'Automobile club Basco-Béarnais
situé Boulevard Aragon à Pau). Le candidat est ensuite
convoqué pour une journée de formation obligatoire qui
débouche sur la possibilité d'acquérir une licence
de commissaire-stagiaire. L'année de stage est destinée
à l'apprentissage du travail de commissaire, notamment par l'observation
des personnes expérimentées. Les stagiaires peuvent faire
de la signalisation mais ne sont normalement pas autorisés par
leur chef de poste à intervenir sur la piste.
Les qualités nécessaires pour un commissaire sont multiples
mais pour n'en retenir que deux, je dirais la " vista ", celle
qui va vous permettre de signaler au plus vite par les drapeaux adéquats,
et la réactivité, lorsque l'urgence de la situation implique
une intervention rapide pour sécuriser la piste. La contrainte
principale, c'est bien évidemment le danger de notre activité.
Lorsque nous intervenons sur la piste, la course continue et il existe
toujours le danger d'être percuté par un concurrent arrivant
sur les lieux de l'incident. D'autres risques sont à relever.
Par exemple, j'ai moi-même été victime il y a quelques
semaines d'un accident, percuté à la tête par une
roue qui s'est détachée d'une voiture. J'ai subi un traumatisme
crânien et de multiples autres blessures et la convalescence a
été assez longue. Elle m'a empêché d'être
au Mans cette année, et probablement que ma saison 2005 est terminée.
Je reprendrai avec encore plus d'enthousiasme en 2006 !
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Piste glissante
Fin du danger |
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grandprixhistorique.com :
Parmi
toutes les compétitions que vous avez couvert, qu'est ce qui
vous a le plus impressionné et marqué, pourquoi ?
Frédérick
Bernal :
De
toutes les compétitions que j'ai pu suivre de l'intérieur,
il y a deux souvenirs majeurs qui m'ont impressionné et marqué.
Le premier remonte à mes premières 24 heures du Mans en
2003. A une demi-heure du départ, j'étais dans les stands
et je pouvais même prendre des photos avec certains pilotes !!
J'avais la chance de ne pas être en poste au moment du départ
(aux 24 heures, notre poste fonctionne avec 3 équipes et nous
nous relayons) donc j'ai pu aller dans les stands et suivre le départ
au plus près de la grille). Le deuxième remonte au Grand
Prix de France de Formule 1, toujours en 2003, où je n'officiais
pas (pas de stagiaire en F1 !) mais où ma licence m'a permis
de passer dans le motor-home après la course. J'ai eu alors la
chance d'échanger quelques mots avec le pilote que j'admire le
plus depuis ses débuts fin 1991, Michael SCHUMACHER.
grandprixhistorique.com :
D'une manière générale, comment se passe un briefing
d'avant course ? Existe t'il des consignes particulières pour
Pau ?
Frédérick
Bernal :
Un briefing d'avant course se déroule en général
très tôt le matin (entre 6h30 et 7h). Nous sommes convoqués
par la direction de course qui nous donne des indications d'ordre général
sur la conduite à tenir pendant le week-end. Ensuite, chaque
chef de poste (qui a participé à un briefing spécial
avec la direction de course) nous donne des indications plus précises
en fonction du poste que l'on va occuper. Pour être explicite,
prenons l'exemple du virage de la Gare, poste sur lequel j'officie pendant
le Grand Prix contemporain. L'une de ses particularités est que
les concurrents sortant des stands déboulent sur la piste quelques
mètres seulement avant le fameux virage. Nous devons donc signaler
aux concurrents sortant des stands l'arrivée d'autres pilotes
lancés. Nous utilisons donc le drapeau bleu : le concurrent sortant
des stands doit laisser le champ libre au concurrent lancé.
Concernant
les consignes particulières à Pau, je dirais qu'il s'agit
plus de recommandations, eu égard au danger existant en raison
de l'étroitesse de la piste. Par exemple, la vigilance doit être
encore plus grande en intervention que sur un circuit classique (cela
ne signifie pas pour autant que les interventions sont forcément
aisées sur un circuit classique).
grandprixhistorique.com :
Bien souvent, les commissaires sont postés a un endroit particulier
du circuit, comment êtes vous informé d'un incident et
de la conduite à tenir ? Comment fonctionne un poste ?
Frédérick
Bernal :
Un incident survenu sur un autre secteur du circuit que notre poste
nous est communiqué par notre chef de poste. Si l'incident est
important, voire grave, le chef recevra des indications de la direction
de course qui, par exemple, pourra décider du lancement de la
voiture de sécurité en piste, ou de l'interruption pure
et simple de l'épreuve.
Dans le premier cas, le chef de poste nous demande d'agiter le drapeau
jaune et de présenter le panneau " SC " pour Safety
Car. Dans le second cas, il nous demande immédiatement de brandir
le drapeau rouge.
Le poste fonctionne avec un chef assisté d'un ou de plusieurs
adjoints selon les épreuves (et le nombre de commissaires disponibles
également). Ensuite, chaque commissaire a un rôle spécifique
pendant la séance d'essais ou la course. Par exemple, le préposé
au drapeau jaune ne s'occupera pas du drapeau bleu. Autre exemple, des
commissaires chargés de la signalisation n'interviendront pas
sur la piste sauf si le besoin est manifeste et que par exemple la course
est arrêtée (dans un tel cas, le préposé
au drapeau bleu n'a plus aucun rôle à jouer, il portera
donc assistance à ses collègues chargés de l'intervention).
Et pendant un week-end chargé comme celui du GP de Pau, il y
a des rotations : une course ou une séance d'essais en intervention,
la suivante en signalisation.
grandprixhistorique.com
:
La sécurité est un problème qui revient souvent
à Pau. Existe t'il des
endroits vraiment "chauds" sur le circuit ? Que pensez vous
de l'avenir du tracé par rapport aux compétitions modernes
actuelles et à venir (F3 Euroseries, Endurance GT, Eventuelle
venue du DTM, etc...) ?
Frédérick
Bernal :
Je serais tenté de dire que le circuit de Pau est composé
d'une succession de points chauds !! Le virage de la Gare, le Pont Oscar,
le Lycée, Foch,
, tous les endroits représentent
un réel défi pour les pilotes
mais aussi pour les
commissaires !!
L'avenir du tracé par rapport aux compétitions modernes
passe à mon sens par une optimisation de la sécurité
: le circuit devra certainement faire l'objet d'aménagements
successifs (exemple, la mise en place de grillages de protection pour
le public
et les commissaires !!), et être agrandi pour accueillir
des épreuves aussi prestigieuses que le DTM. Mais l'agrandissement
d'une piste obéit à une procédure administrative
extrêmement complexe
Souhaitons que Pau, bénéficiant
de son statut de seule ville accueillant des compétitions automobiles
en France, aura plus de chance qu'Avignon qui s'est vue refuser l'organisation
d'une manche du championnat DTM ces derniers mois.
grandprixhistorique.com
:
Quel souvenir gardez vous de l'édition 2005 du Grand prix de
Pau
Historique ? Quelle est l'épreuve qui vous a le plus plu ? pourquoi
?
Frédérick
Bernal :
L'édition 2005 me laisse un goût amer étant entendu
que j'ai été sérieusement blessé à
la tête et au bras par une roue baladeuse au bout d'une heure
de compétition dès le samedi matin. Je n'ai donc pas pu
profiter du spectacle. Alors je reste sur le souvenir de 2004 avec notamment
les F 1 (c'est ma catégorie préférée) de
Jackie STEWART, Ronnie PETERSON et François CEVERT. Etant un
passionné d'aérodynamique, j'ai pu ainsi mesurer tout
le travail accompli depuis plus de 30 ans sur ces automobiles exceptionnelles
que sont les F1 !
grandprixhistorique.com
:
Quelles voitures rêveriez vous de voir tourner dans les rues de
Pau ?
Frédérick
Bernal :
Comme je le signalais plus tôt, je suis passionné par la
Formule 1. Et je suis " Ferrariste " depuis mon enfance. J'ai
donc un rêve : voir un jour dans les rues de Pau la Ferrari 312
T numéro 12 avec laquelle Niki LAUDA a été sacré
Champion du monde en 1975 (mon année de naissance). Cette voiture
est mythique, ainsi que le pilote qui la conduisait. J'ai croisé
Niki LAUDA l'année passée sur le circuit de Magny-Cours
à l'occasion du GP de France de F 1 et c'est toujours avec une
pointe d'émotion que je vois ce champion hors normes. Je pense
que ce serait fabuleux de lui soumettre l'idée de venir conduire
sa Ferrari 312 T dans les rues de Pau, non ?
grandprixhistorique.com
:
Souhaitez-vous avoir l'occasion de revenir à Pau ?
Frédérick
Bernal : Oui, parce que j'aime ce circuit
fantastique et aussi parce que j'ai le souvenir récent d'une
grosse blessure que je dois exorciser ! Donc vive Pau et son circuit
magique et à l'année prochaine !!!!
Nous tenons à remercier
très chaleureusement Frédérick qui s'est livré
à cet exercice avec enthousiasme et professionnalisme.
Merci
et à bientôt sur les circuits.
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